Perspectiveset réalités autochtones
dans la formation enenseignement,psychoéducationettravail social

Initiation et introduction à la profession

Les cours d’introduction à la profession, aux pratiques professionnelles, à l’éthique et aux relations avec la famille, la communauté et l’institution (scolaire ou de services sociaux) sont d’excellentes portes d’entrée pour aborder les enjeux de discrimination, de racisme systémique et de préjugés, ainsi que les postures adéquates pour transcender ces enjeux. En début de parcours universitaire, ces cours permettent de conscientiser les personnes étudiantes aux réalités historiques et contemporaines des groupes marginalisés. En fin de parcours, des enjeux plus complexes sur le plan éthique peuvent être présentés aux personnes étudiantes afin de les préparer à exercer leur rôle professionnel et de les outiller pour mieux accueillir les jeunes et les familles des Premiers Peuples. L’introduction de la pratique réflexive et de l’autoformation sont également de mise afin de soutenir les futur(e)s professionnel(le)s.

  • D1 : Créer un milieu d’apprentissage où l’élève se sent respecté et accueilli, qui tient compte de la vision holistique d’une éducation qui s’étend tout au long de la vie.
  • D2 : S’engager activement dans un processus de sécurisation grâce à la conscience, à la sensibilité et la compétence culturelles.
  • D3 : Valoriser la culture, la langue, le territoire et les savoirs autochtones en milieu scolaire ainsi que dans les relations avec la famille et la communauté.
  • D6 : Intégrer des modes d’apprentissage culturellement signifiants dans la classe et sur le territoire.
  • D4 : Utiliser des pratiques pédagogiques et des modes d’évaluation adaptés au mode d’apprentissage autochtone.
  • D7 : Reconnaître que chaque apprenant fait partie d’une grande famille et communauté qui contribuent à son cheminement d’apprentissage, qui se prolongera tout au long de la vie.
  • D8 : Profiter des occasions de créer des liens dans ses relations avec les élèves, ses collègues, les parents, les membres de la communauté ainsi que des liens avec la communauté et le milieu.
C1 : Agir en tant que médiatrice ou médiateur d’éléments de culture. C3 : Planifier les situations d’enseignement et d’apprentissage. C4 : Mettre en œuvre les situations d’enseignement et d’apprentissage. C5 : Évaluer les apprentissages. C7 : Tenir compte de l’hétérogénéité des élèves. C8 : Soutenir le plaisir d’apprendre. C10 : Collaborer avec la famille et les partenaires de la communauté. C11 : S’engager dans un développement professionnel continu et dans la vie de la profession. C13 : Agir en accord avec les principes éthiques de la profession. C1.1 : Être capable de recueillir les données nécessaires pour cerner les difficultés d’adaptation et les capacités adaptatives d’une personne, d’une famille, d’un groupe ou d’une organisation ou, encore, pour éclairer toute situation qui requiert une expertise en psychoéducation. C2.2 : Être capable d’agir en tant que psychoéducatrice ou psychoéducateur dans un contexte de collaboration professionnelle intradisciplinaire ou interdisciplinaire. C2.3 : Être capable de contribuer à l’organisation des services en psychoéducation. C4.2 : Être capable de contribuer à l’approfondissement et à la communication des connaissances en psychoéducation. C1.1 : Être capable de comprendre, de questionner, d’intégrer et d’appliquer les fondements éthiques du travail social dans sa pratique. C1.2 : Être capable d’exercer une pensée critique dans le cadre de sa pratique professionnelle. C1.3 : Être capable d’agir selon une démarche réflexive dans sa pratique. C2.1 : Être capable de créer et de maintenir des liens sociaux de collaboration avec les acteurs concernés par les situations-problèmes en fonction des différentes méthodes d’intervention (individu, famille, groupe et communauté). C3.1 : Être capable d’établir et de maintenir des collaborations professionnelles et intersectorielles.

Objets de formation suggérés par les cochercheurs des Premiers Peuples

Histoires, politiques et nations; pensionnats et conséquences intergénérationnelles; bienveillance, accompagnement et relations interculturelles; langues, cultures et valeurs.

Suggestions pour la formation

INTRODUIRE AUX ENJEUX CONCERNANT LES PREMIERS PEUPLES

Aborder l’historique et les expériences des personnes issues des communautés autochtones dans les grandes institutions d’éducation et de services sociaux. Présenter des ressources qui abordent, par exemple, la doctrine de la découverte, la colonisation et ses impacts, la Loi sur les Indiens, les pensionnats (Ottawa, 2010) ou la « rafle des années 1960 ».

Aborder les types de discrimination (directe et indirecte) et de racisme (individuel, interpersonnel, systémique) ainsi que les impacts qui en découlent pour les individus et les milieux.

Aborder le malaise qui peut s’éveiller lorsque les enjeux raciaux, les notions de privilèges, des angles morts et des normes profondément ancrés sont évoqués. Outiller les personnes étudiantes à nommer, à réfléchir et à transformer ces malaises en levier d’apprentissage plutôt qu’en obstacle. N.B. : Ces discussions étant sensibles, la création d’un espace de discussion sécuritaire est essentielle.

Participer à une activité de conscientisation avec des membres des Premiers Peuples : Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, visite d’un centre d’amitié, activité des couvertures, activités offertes dans le milieu de formation, etc.

RÉFLÉCHIR SUR LA PLACE DES PERSPECTIVES AUTOCHTONES DANS LES MILIEUX SCOLAIRES

Établir des liens entre les référentiels de compétences professionnelles à développer dans la formation et les dimensions de la compétence 15. S’interroger sur la présence d’élèves des Premiers Peuples dans les centres de services scolaires, les services sociaux et les services offerts pour les accueillir et les soutenir (Hot, 2010; Sioui, 2016).

Réfléchir aux compétences à développer pour enseigner aux élèves des Premiers Peuples et intervenir dans les communautés et en milieu urbain.

Inviter une personne enseignante, une direction ou un(e) intervenant(e) des Premiers Peuples pour qu’elle témoigne de son parcours, de son travail et des défis à relever pour soutenir le mieux-être, la persévérance et la réussite des élèves et de leur communauté. Les centres d’amitié autochtone sont aussi de bonnes ressources. Entendre les voix des partenaires des Premiers Peuples Perspectives et réalités des Premiers Peuples au département des sciences de l’éducation – UQTR Chaque capsule apporte un témoignage Atikamekw Nehirowisok d’une personne ayant contribué de différentes façons à l’éducation de sa communauté, de sa nation ou des Premières Nations et Inuit (PNI) depuis le début de sa carrière. Ces personnes ont accepté de répondre aux questions proposées par des membres du Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières afin de contribuer à la valorisation des perspectives et des réalités des Premières Nations et Inuit (PNI) dans les cours d’éthique, de collaboration famille/communauté et d’organisation scolaire. Mises en situation éthiques Problèmes éthiques à l’école comportant des enjeux culturels autochtones Ces mises en situation ont été rédigées à la demande de personnes donnant les cours d’éthique afin d’inclure des réalités autochtones dans l’étude de problèmes éthiques potentiels à l’école. Une situation se déroule en milieu provincial et l’autre se situe en communauté autochtone. Des pistes de réflexion et d’encadrement sont fournies.

INTÉGRER DES PERSPECTIVES CRITIQUES DE L’INTERVENTION PSYCHOSOCIALE AUPRÈS DES PREMIERS PEUPLES

Reconnaître l’héritage colonial dans l’histoire du travail social et comprendre comment il a influencé la profession actuelle. Bien que la profession arbore une image de bienséance, elle a participé à des politiques qui ont eu des effets néfastes, notamment le retrait massif d’enfants autochtones de leurs familles lors de la « rafle des années 1960 ». Selon le rapport de la Commission de vérité et de réconciliation, ces interventions, perçues comme respectables et bienveillantes à l’époque, ont prolongé la logique coloniale et assimilatrice des pensionnats (Blackstock, 2007). Amorcer une réflexion sur la manière dont les systèmes de santé et de services sociaux québécois, particulièrement celui de la protection de l’enfance, ont affecté et continuent d’affecter les communautés et les familles autochtones (conséquences intergénérationnelles). Reconnaître la négligence systémique et le traitement des enfants autochtones dans le système canadien de la protection de la jeunesse :

Notion de traumatisme intergénérationnel et approches tenant compte des traumatismes.

APPRENDRE LES BASES DES RELATIONS AVEC LES PREMIERS PEUPLES EN AYANT COMME ANCRAGE L’HUMILITÉ CULTURELLE

Favoriser la relation et la réflexivité en contexte interculturel dans une perspective de réconciliation. Intégrer les savoirs autochtones et des notions de guérison, de réconciliation et de sécurisation culturelle.

Remettre en question l’aspect hiérarchique implicite de la relation thérapeutique et le rôle d’« expert » qui semble découler automatiquement du titre professionnel. Se renseigner sur le fonctionnement particulier dans les communautés pour favoriser une relation mutuelle et respectueuse. Cela inclut :

  • Le non-verbal (par exemple, l’importance des silences);
  • Le rythme (il est préférable d’éviter de tomber dans la recherche de solutions immédiate et de se concentrer sur la relation en priorité).

Reconnaître les réactions possibles des personnes face à notre intervention et anticiper que certaines personnes puissent exprimer de la méfiance ou de la fermeture. Privilégier l’observation et l’immersion : par le vécu partagé, mettre de l’avant l’importance d’observer sans jugement et de participer activement à la vie communautaire pour mieux comprendre les valeurs et les pratiques culturelles. À la suite d’une lecture, d’une conférence ou d’un visionnement, accompagner la réflexion des étudiantes et des étudiants en intégrant la pratique réflexive.

  • Exemples d’outils simples : un journal de bord pour noter les ressentis et les émotions brutes après le visionnement, le suivi d’un partage et d’une réflexion en classe sur une base volontaire.

Références

Blackstock, C. (2007). Residential schools: Did they really close or just morph into child welfare. Indigenous LJ, 6, 71. Blanchet-Cohen, N. et Robert-Careau, F. (2019). Comprendre et soutenir les transitions harmonieuses chez les jeunes autochtones en milieu urbain. Regroupement des centres d’amitié autochtone du Québec. Breton, A., Dufour, S. et Lavergne, C. (2012). Les enfants autochtones en protection de la jeunesse au Québec : leur réalité comparée à celle des autres enfants. Criminologie, 45(2), 157-185. https://doi.org/10.7202/1013724ar De Canck, A. (2008). Critique de l’ethnocentrisme scolaire : vers une école faite par et pour les autochtones. Les Cahiers du CIÉRA, (1), 39-51. Gagnon-Dion, M.-H., Rivard, J. et Bellot, C. (2018). L’expérience des jeunes autochtones pris en charge par la protection de la jeunesse : entre déracinement et émancipation. Service social, 64(1), 79-102. https://doi.org/10.7202/1055892ar Guay, C., Ellington, L., et Vollant, N. (2022). KA NIKANITET : pour une pratique culturellement sécuritaire de la protection de la jeunesse en contextes autochtones. Presses de l’Université du Québec. https://books.google.ca/books?id=GOJ8EAAAQBAJ Hot, A. (2010). L’école des Premières Nations au Québec. Cahiers DIALOG. Cahier no 2010-1. Rapport de recherche. Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones (DIALOG) et Institut national de la recherche scientifique (INRS). https://reseaudialog.ca/wp-content/uploads/2019/12/CahierDIALOG2010-01.pdf Lacroix, M. É. (2021). L’exercice des couvertures comme outil pédagogique pour mieux conscientiser les futures intervenantes et les futurs intervenants en travail social aux réalités autochtones. Éducation et francophonie, 49(1), 191-215. https://doi.org/10.7202/1077008ar Organisation nationale de la santé autochtone. (2008). Compétence et sécurité culturelles : guide à l’usage des administrateurs, fournisseurs et éducateurs en santé. https://multiculturalmentalhealth.ca/wp-content/uploads/2013/10/culturalCompetency.pdf Ottawa, G. (2010). Les pensionnats indiens au Québec : un double regard. ABDUCO/Cornac. Ouellet, S. et Flamand, K. (2018). Valoriser l’éducation des enfants autochtones. Réflexion sur le modèle holistique d’apprentissage des Premières Nations. Dans S. Ouellet (dir.), Soutenir le goût de l’école. Le plaisir d’apprendre ensemble (p. 245-260). Presses de l’Université du Québec. Sioui, B. (2016). Portrait historique des Premières Nations au Québec, de leurs caractéristiques actuelles et de la scolarisation des jeunes Autochtones. Dans M. Potvin, M.-O. Magnan, et J. Larochelle-Audet (dir.), La diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique en éducation : théorie et pratique (p. 41-50). Fides éducation. Vatz Laaroussi, M., Rachédi, L. et Kanouté, F. (2008). Les divers modèles de collaborations familles immigrantes-écoles : de l’implication assignée au partenariat. Revue des sciences de l’éducation, 34(2), 291-311.